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L’Amour

allianceskitch

Réflexions d’un soir – 17 Octobre 2013

Celle planche a été lue dans le Temple lors d’une Tenue régulière
puis adaptée pour la publication en ligne

Mes très chers Frères,

Voici quelques années de cela, je vous présentais mon premier travail «Ma perception du connais-toi toi-même». Un travail réalisé avec beaucoup de sincérité et d’application. Dans la séance des questions qui s’en est suivie, une question m’a particulièrement déstabilisé, car je ne voyais absolument pas le lien avec le connais-toi toi-même.

Cette question, de notre Frère A., était : «Et l’amour dans tout ça ?». Il me montrait alors une porte que je croyais pourtant, comme tout le monde, bien connaitre…

Quatre ans ont passé, et beaucoup de choses ont changé en moi. L’une de celles qui a le plus évolué est sans aucun doute ma conception de ce qu’est l’Amour.

Et comme il est de tradition chez nous de travailler sur un sujet sur lequel nous avons encore beaucoup à apprendre, il m’a paru naturel de vous proposer ce soir une réflexion sur ce passionnant sujet qu’est l’Amour.

Promis, je vais tâcher de ne pas en faire un fleuve…  ;-)
(n.d.w.b.: promesse heureusement non réalisée!)

Après 4 mois de recherches, je réalise que plus je creuse ce sujet, plus je découvre son incroyable profondeur et universalité. Je fais donc le choix de me concentrer ce soir sur les éléments qui m’ont le plus marqué et interpelé.

De quoi parle-t’on lorsque l’on parle d’amour ?

love and the squareÉtonnamment, notre riche langue française, que certains considèrent comme une des langues les plus romantiques, sensuelles, bref idéale pour parler d’amour, et bien cette langue ne compte qu’un seul mot pour décrire les différentes formes d’amour. L’amour familial, l’amour physique, l’amour tendre, l’amour d’une idée, l’amour de son prochain, l’amour de sa voiture, l’amour d’un Dieu, etc… Toutes ces formes d’amours sont différentes.

Il existe pourtant dans d’autres langues plusieurs mots pour parler d’amour : par exemple les Anglais font bien la différence entre to like et to love, ou bien en espagnol : amar, gustar, querer, et plein d’autres encore.

Je vous passerai les définitions des dictionnaires. On y trouve de 6 à une vingtaine d’acceptions différentes du mot amour. Alors revenons à l’origine, aux grec ancien. Les Grecs avaient plus de 10 mots pour décrire l’amour. 4 principaux nous sont restés :

  • Éros (ἔρως / érôs) : l’amour naturel, le désir sexuel, le plaisir corporel
  • Storgê (στοργή / storgế) : l’affection familiale, l’amour familial
  • Philia (φιλία / philía) : l’amitié, l’amour absolu, le plaisir de la compagnie
  • Agapè (ἀγάπη / agápê) : l’amour divin, universel, le vrai amour, l’amour inconditionnel.

Je garde aussi une tendresse particulière pour la définition de mon Parrain, qui, se basant sur une interprétation italienne «amore», me présentait l’a-mour, avec le a privatif, comme une absence de mort…

Parler d’Amour est difficile. On est vite gênés. On pense tout d’abord au sentiment amoureux (Eros), puis à l’amour filial (Storgê), parfois on pense même à l’amitié (Philia). En préparant cette planche, j’ai posé la question de ce qu’était l’amour à de nombreuses personnes, pour avoir leur point de vue. C’est étrange de constater à quel point un sujet si familier semble si difficile à exprimer. Il est particulièrement difficile d’avoir une discussion profonde sur ce sujet. Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles les poètes s’en sont si largement inspirés.

Pourquoi est-il donc si difficile de parler d’un sujet si naturel, si universel ?

J’ai été «choqué» de constater à quel point des personnes reconnues pour être particulièrement intelligentes et cultivées, dont on pourrait s’attendre à une grande profondeur de leurs propos, avaient du mal à parler d’amour. Alors que d’autres, peut-être plus simples ou moins cultivées, étaient capables d’un recul et d’une maturité exceptionnelle en parlant d’amour. L’intelligence nous éloignerait-elle de l’amour ?

La tête nous éloignerait-elle du coeur ?

Je crains d’en avoir fait l’expérience… Longtemps je me suis réfugié dans l’analyse, la réflexion, un monde qui me paraissait plus «rassurant», plus contrôlable, bref moins dangereux. J’ai taché ces dernières années, notamment grâce au travail en Loge, à reconnecter la tête au corps, et surtout au coeur.

Nous touchons ici à une des grandes découvertes qui m’a frappé sur mon chemin Maçonnique. À travers le «connais-toi toi-même», j’ai réalisé qu’il y avait de nombreuses peurs cachées au fond de moi, tout comme en chacun d’entre nous probablement. J’ai alors réalisé à quel point ces peurs avaient un impact sur nos choix, sur notre capacité à ressentir, et surtout, sur notre capacité à donner et recevoir de l’Amour.

Identifier ses peurs, les comprendre, c’est-à-dire ne plus lutter contre, mais les accepter est un processus libérateur.

Pourquoi ne pas lutter contre, contrairement à ce que l’on entend si souvent ? Et bien, car lutter contre, c’est en fait les renforcer. La lumière a besoin de l’obscurité, le yin du yang. Luter contre quelque chose c’est refuser de l’accepter, refuser son existence, c’est créer des tensions, c’est contracter. On entend aussi souvent la version : «danser avec ses peurs», j’aime aussi beaucoup cette idée, chère à un de nos Frères.

Accepter ou danser avec ses peurs est un pas important pour se reconnecter à soi, et éviter toute intellectualisation ou processus cognitif plus ou moins sain, pour nous protéger de nos émotions.

Nous vivons dans un monde ultra rationnel dans lequel on nous inculque que l’intelligence doit primer sur l’émotion. Merci Monsieur Descartes et son «je pense donc je suis» qui est devenu culturel dans notre civilisation ! Enfants déjà, on valorise l’intelligence à l’école, et c’est la même chose en entreprise. J’ai été, comme tant d’autres, victime de ce prêt-à-penser, de ce «tout à l’égo»…

L’intelligence est devenue la mère de toutes les vertus. Pourtant l’intelligence ne garantit pas contre l’erreur, ni contre l’échec. L’intelligence n’est pas non plus une garantie de bonheur, peut-être même au contraire, car elle peut nous éloigner de nos émotions. D’ailleurs le système, constatant ce problème, cherche un moyen de se préserver sans pour autant se remettre en cause : vous avez entendu parler d’intelligence « émotionnelle » ? Je dis cela de manière un peu provocante, car ce concept créé par Daniel Goleman en 1970 est très intéressant, je l’utilise beaucoup professionnellement, mais cette capacité qu’il définit comme «une forme d’intelligence qui suppose la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux des autres, à faire la distinction entre eux, et à utiliser cette information pour orienter ses pensées et ses gestes». Est-ce encore de l’intelligence ?

Mon propos n’est certainement pas d’établir une échelle des valeurs, de dire que l’un est mieux que l’autre ! Au contraire, je voudrais réconcilier raison et émotion… Car l’excès de réflexion nous coupe de nos émotions, et donc de notre capacité à donner et à recevoir de l’Amour.

Deux autres importantes difficultés pour parler d’amour sont la subjectivité, et la temporalité.

Ma perception de l’Amour est sans doute différente de chacune des vôtres. Et nous l’avons vu ce n’est pas qu’une question de culture ou d’intelligence. Par contre, prendre le temps de découvrir l’Amour en nous, celui que nous donnons, ou celui que nous recevons, amène à une perception différente de ceux qui n’ont pas encore fait ce travail. Ce travail qui est plus un travail d’introspection et d’expérience, que de lecture ou de réflexion, il nécessite une importante prise de recul. Et comme nos expériences sont basées sur nos sens, la perception de l’Amour est forcément très personnelle. D’ailleurs, cette perception personnelle change elle aussi dans le temps. Ma conception, et mon expérience de l’Amour, ne sont pas les mêmes aujourd’hui qu’il y a 4 mois quand j’ai commencé à travailler ma planche. Ni la même qu’il y a 4 ans. Et certainement qu’elle continuera d’évoluer dans le temps…

Mais revenons à la question du début : «Et l’Amour dans le connais-toi toi-même».

Que nous apprend l’introspection sur l’Amour ? La première chose à laquelle je pense est l’amour de soi. Peut-on aimer si l’on ne s’aime pas soi-même ? Je ne crois pas. Il me semble que si l’on ne s’aime pas soi-même, on cherche à combler un manque, et l’amour que l’on donne sera empreint d’une demande implicite de réciprocité. Est-ce cela l’Amour ? Je veux bien t’aimer si toi tu m’aimes en retour ? Bien sûr, nous avons tous besoin d’amour, mais est-ce que quelqu’un d’autre peut combler ce manque ? Sans trop rentrer dans des considérations psychologiques, nous avons tous à l’esprit l’amour que la mère donne à son enfant. Avec nos yeux d’enfants nous l’avons idéalisé (car il y aurait aussi beaucoup à dire sur cet amour et sa réelle gratuité…). Alors attendre que quelqu’un d’autre puisse nous retourner cet amour idéalisé est une chimère, qui ne manquera pas, une fois l’effet euphorisant du début avec son cortège d’hormones estompé (comme la dopamine, la phényléthylamine, et ma préférée la lulibérine), de générer beaucoup de frustrations. L’Amour se donne, il ne s’échange pas. En apprenant à mieux se connaitre, en apprivoisant ses peurs, il devient possible de s’aimer soi-même, et d’entamer une relation plus équilibrée.

Et l’égo dans tout cela ?

L'orsque l'égo découvre l'amour, il le ressent d'abord pour lui-même...

Quelle est la place de l’amour de soi?

Jung le définit comme la limite entre soi et les autres. Il est nécessaire pour se construire, pour construire sa personnalité, et vivre dans le rapport à l’autre. Pourtant le bouddhisme définit l’éveil comme la dissolution de l’égo. Alors quelle est la place de l’amour de soi ?

Ici aussi, je crois que l’acceptation est la clé. Oui nous avons un égo, il est nécessaire, c’est important de le connaitre, de l’apprivoiser, de le laisser à sa juste place, sans qu’il n’empiète sur celui des autres. C’est un travail individuel, qui peut être frustrant quand on fréquente d’autres personnes qui ne font pas le même travail, car eux n’auront pas forcément le même respect du nôtre, et certains s’inviteront joyeusement chez nous. C’est là que l’amour de soi apporte également une protection contre cet «envahissement». Il n’est pas question de tout accepter. Définir où placer la limite est très personnel, et peut évoluer avec le temps. On constate d’ailleurs que les personnes plus sujettes à la manipulation ont une mauvaise image d’elle-même. Là aussi tout est question d’équilibre. En acceptant de m’aimer, je laisse plus de place aux autres, et l’amour que je leur donne est plus sincère, car je n’attends rien en retour.

Je crois que l’Amour, au sens Agapè, est à la base de toute relation humaine profonde. C’est même sans doute ce qui nous différencie des animaux. La relation que les animaux développent entre eux, la mère avec ses petits, me semble plus être une question d’instinct, de survie de l’espèce : proche du Storgê grec. La relation que nous créons avec notre animal de compagnie, au-delà de l’anthropomorphisme, me semble plus une question de Philia voir d’Eros (au sens premier).

Comment distinguer l’Agapè des autres formes d’Amour ?

C’est plus difficile qu’il n’y parait… Il me semble que l’Agapè est un sentiment très profond, calme, serein. Contrairement à l’Eros ou au Storgê, il n’a pas les variations soudaines, avec des pics d’intensité passant d’un extrême à l’autre. Il n’y a pas de besoin, de manque. L’Agapè peut être très intense, mais en douceur, un mot que je lui associe volontiers est la bienveillance. Et par rapport au Philia, il me semble que l’Agapè est plus universel, pas seulement tourné vers une personne ou un groupe de personnes. L’Agapè, l’Amour universel, concerne autant nos proches, que les personnes que l’on ne connait pas, les animaux, les plantes, les pierres, la nature dans son ensemble.

Et ici, dans ce Temple, de quel Amour est-il question ?

Il y a sans doute plusieurs formes d’Amour ici. Tout d’abord Philia : nous avons du plaisir à nous retrouver. Sans doute y a-t’il aussi un peu de Storgê entre le Parrain et son Filleul, ou bien parce que nous sommes tous Frêres. Mais au-delà de tout cela, il me semble que la raison principale de notre présence en ce Temple, c’est bien l’Agapè.

Nous n’aurions pas besoin de rituel, de Temple, de symboles, et surtout d’initiation, s’il n’était question que de Philia ou de Storgê.

En travaillant notre pierre, en apprenant à mieux nous connaitre, nous développons une vision sans fard de nous-mêmes et du monde, abandonnant nos métaux, réduisant notre égo. Ce retour sur soi, cette préparation de soi, aide à mieux se connaitre, à mieux s’aimer au sens Agapè. Elle permet de mieux s’ouvrir, et ainsi à mieux aimer les autres au sens Agapè toujours. Peut-être est-il là le lien entre le ”connais-toi toi-même” et l’Amour ?

Les Lacs d’Amour en sont un bel exemple. On les retrouve sur la Houpe Dentelée qui fait le tour de notre Temple, reliant les deux Colonnes. Cette Houpe Dentelée représente la Chaine d’Union des Maçons, que nous reproduisons à la fin de chaque Tenue. Dans ce moment, qui est pour moi un des moments les plus forts de notre Rituel, je ressens profondément le lien qui nous unit. Certains parlent d’énergie qui circule, et je dois reconnaitre ressentir quelque chose qui pourrait bien être une forme d’énergie. Mais je ressens aussi de l’Amour, beaucoup d’Amour, de l’Agapè. Cet Agapè que j’avais ressenti la première fois lors de mon initiation, alors que mes yeux étaient bandés, et que je ne savais pas encore ce qu’Agapè voulait dire…

Et l’Egrégore que nous ressentons parfois un peu plus, ou un peu moins, je me demande si ce n’est pas aussi de l’Amour Agapè ? D’ailleurs, quand il nous arrive d’être stressés ou préoccupés, à commencer par nous les Officiers qui animons la Tenue, cela se ressent, et complique l’apparition de cet Egrégore. Heureusement le Rituel est là pour nous aider à nous recentrer, à lâcher nos métaux, à lâcher prise…


J’ai donc dû réapprendre à ressentir. Et quand on a tant été dans le mental comme moi, le ressenti, qui est pourtant quelque chose de très naturel, nécessite un véritable réapprentissage. Ou plutôt «désapprentissage», car il me semble que nous avons cette capacité en nous de manière innée, et qu’on l’oublie avec le temps, l’éducation, et le mode de vie d’aujourd’hui. Désapprendre, comme enlever une couche d’apprentissage, ou plus simplement : tailler sa pierre…


l'amour_franc_maçonDepuis que je fais attention à ressentir cet Amour, je me surprends à en trouver dans de nombreuses occasions. Je ne suis pas sûr qu’il y ait plus d’Amour autour de moi, mais sans doute le fait d’y prêter plus attention me le rend plus perceptible. Alors soyons attentifs à nos ressentis, et donnons.

Alors mes Très Chers Frères, j’ai une proposition à vous faire ce soir. Lorsque le moment sera venu de former la Chaine, je vous propose d’être tout particulièrement attentifs à cet Amour Agapè, soyons pleinement conscients, dans une volonté de donner de l’Amour à tous nos Frères composant la Chaine. Que les mots du Rituel soient aujourd’hui complètement investis, et que nous puissions faire de ce moment qui clôt nos travaux, un moment unique de partage.

J’ai constaté que plus on donne d’Amour Agapè, plus on en reçoit. C’est un phénomène étonnant que je ne m’explique pas, mais que je constate de plus en plus fréquemment.

C’est le principe de base du pardon.

Pardonner, surtout quand c’est difficile, ce n’est pas nier ce qui s’est passé, ce n’est pas considérer que ce n’était pas grave. Non, pardonner sincèrement, c’est le début d’une démarche d’acceptation. Acceptation nécessaire pour repartir de l’avant, pour se sortir d’un statut de victime.

Je vois le pardon comme la reconnaissance de la nature humaine de l’autre. Je crois, oui c’est une croyance pas une conviction, donc je crois que ceux qui nous ont fait du mal, même si cela a été fait consciemment, ont fait «ce qu’ils ont pu» (soit dit sans condescendance). Les histoires personnelles, les drames de la vie, l’environnement, les peurs, les croyances, etc… tout a un impact sur notre comportement. Bien sûr, nous vivons en société, avec des règles, et pour préserver la société il faut punir ceux qui enfreignent ces règles, chacun est responsable de ces actes. Pour moi, accepter l’idée que chacun «fait ce qu’il peut» en fonction de son histoire personnelle, m’aide à pardonner. Et le pardon a un vrai pouvoir cathartique. Il est étonnant de constater à quel point le pardon, sincère et entier, soulage et libère la personne qui pardonne. Le pardon est ainsi, pour moi, un acte d’Amour pour l’autre, mais également un acte d’Amour pour soi.

Finalement, pardonner, même si cela semble être un acte pour l’autre, c’est avant tout un acte pour soi. Le pardon soigne.

Et plus il est difficile, plus il est salvateur. J’ai souvent été étonné par la capacité de certaines personnes à pardonner ce que je considérais comme impardonnable : un meurtre, un viol, ou tout autre acte barbare. Quand on demande à ceux qui ont été capables de ces grands pardons, ils disent tous que ça les a … libérés…

Et le pardon ne s’applique pas que pour les autres, c’est aussi très vrai pour soi-même. Il y a beaucoup de choses que l’on ne s’est pas pardonnées. Souvent, parce que l’on n’a même pas conscience que nous avons quelque chose à nous pardonner : c’était «normal». D’ailleurs je crois qu’une grosse partie du boulot des psys consiste nous aider à nous pardonner nous-même, afin dépasser ce qui nous posait problème.

La réflexion sur l’Amour Agapè m’a amené à reconsidérer la notion de pardon. Je trouvais cette notion complètement idéaliste. Maintenant je l’envisage comme une grande sagesse, et je comprends pourquoi elle a pris une part si importante dans certaines religions.

Récemment je m’y suis même essayé. Dans une relation compliquée avec quelqu’un qui m’est très proche, je sentais monter mon agacement, ma déception, et mon envie d’en découdre… J’ai tenté de voir les choses différemment, de considérer que même si j’étais blessé par certains de ces agissements et de ces propos, en fait, à l’origine, ce n’était pas ce qu’il souhaitait. Pris dans ses schémas et habitudes, il faisait de son mieux, malgré tout. Accepter cela a commencé à m’apaiser. Puis je me suis dit que je l’aimais au sens Agapè (et pas seulement Storgê), et j’ai décidé de lui pardonner… Et là, en quelques jours, sans même lui en parler, j’ai senti que mon animosité avait complètement disparu, cette histoire n’était plus grave. Cela ne signifie pas que je suis d’accord avec tout ce qui s’est passé entre nous, mais simplement que je n’ai plus l’intention d’y accorder de l’importance, et que le lien qui nous unit est important, même si nous n’avons pas encore trouvé comment ce lien pouvait nous permettre d’améliorer notre relation. Je l’ai accepté tel qu’il est. Peut-être qu’avec le temps les choses se résoudront complètement. En tout cas, j’ai déjà constaté qu’il y avait une amélioration. Sans doute que le fait de ne plus avoir d’animosité de mon côté calme aussi les choses…

C’est un exemple de cet étrange phénomène : plus on donne d’Amour Agapè, plus on en reçoit. Phénomène dont on trouve plein de petits signes au quotidien. Par exemple un sourire donné, génèrera souvent un sourire en retour, même de la part d’un ou une inconnu(e). Et là je ne parle pas d’un sourire Eros, mais bien Agapè : un sourire bienveillant.

Avons-nous un stock d’amour, comme fourni à la naissance, ou créons-nous de l’Amour ?

Toutes les religions parlent d’Amour. Surtout si l’on met de côté les dogmes qui servent à protéger la structure qui les encadre, ainsi que le prosélytisme. Par exemple on retrouve dans la Bible : «Dieu est amour» et «Dieu à créé l’Homme à son image». Il y a donc en nous quelque chose de divin, une étincelle divine. Et si c’était l’Amour ?

Nous avons tous la capacité d’Amour en nous. Nos peurs, nos schémas, nos croyances, etc., vont construire un mur qui empêchera, ou limitera notre capacité à aimer. Le “connais-toi toi-même”, tailler notre pierre, nous permettra petit à petit de libérer cette capacité à aimer. Ainsi, l’éveil, serait la dissolution totale de ce mur, et l’expression complète de l’Amour qui est en nous.

Car l’Amour, tout comme la pierre philosophale, est un puissant agent de transformation. L’Amour que l’on donne a un réel impact sur les autres (le pardon en est un exemple). Ce n’est pas toujours visible, car il n’est pas facile de recevoir de l’Amour : on n’a pas l’habitude, étonnamment…

La prière, tout comme la méditation, ou bien notre Chaine d’Union, sont des actes d’Amour Agapè. Ritualisés, ils n’en demeurent pas moins d’excellents moyens pour nous aider, consciemment et activement, à donner de l’Amour.

Car donner de l’Amour n’est pas toujours facile. Même si c’est une capacité innée, nous avons beaucoup oublié notre capacité à aimer, et retourner à l’origine n’est pas chose aisée. Dans mon cas, j’avance par étapes, petit à petit, chaque jour un peu plus, même si les vieux réflexes, les peurs et les schémas reviennent régulièrement.

Cette ouverture, cet éveil est donc plus un chemin progressif qu’une fin en soi. D’ailleurs, je ne crois pas vraiment être capable d’arriver au bout, mais comme le disait Buddha, «il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin».

Notre état d’esprit a un impact sur les autres. Si je suis bienveillant, il y a de grandes chances que je suscite la bienveillance autour de moi. Quelqu’un de bienveillant est rayonnant, il attire à lui des personnes qui ont envie d’échanger avec lui, ils sentent qu’il a un impact positif sur eux.

Peut-être que quand nous Franc-Maçons, parlons de lumière, cette lumière que nous recherchons, et que nous souhaitons la porter au-delà de l’enceinte de notre Temple, peut-être que cette lumière c’est aussi de l’Amour Agapè. Être rayonnant serait alors la capacité à donner cet Amour.

Par le connais-toi toi-même nous cherchons en nous la Lumière, cette étincelle du Divin, cet Amour Agapè. Et c’est en le trouvant que nous passons de la perpendiculaire au niveau, que nous commençons à rayonner.

L’Amour comme voie de développement.

Je crois profondément que notre développement personnel et spirituel passe par notre capacité à aimer. Quel que soit le modèle : Maslow, Bowen, Kohlberg, Dabrowski, l’Indouisme, le Zen, les religions du Livre, etc…, il me semble que tout nous ramène à cette notion d’Amour universel, et à notre capacité, quelle que soit la situation, de donner de l’Amour Agapè. Il est intéressant de voir à quel point les philosophies, les religions, les croyances, et même les formes plus «modernes» de développement personnel se rejoignent. Par exemple les philosophies antiques (Socrate et le “connais-toi toi-même”), les sagesses ancestrales (bouddhisme avec «la voie de l’éveil»), les philosophies modernes (Nietzshe : «deviens qui tu es»), tout comme la psychologie (développement personnel), si l’on prend un peu de recul, toutes véhiculent le même message fondamental ! Pour se développer, s’éveiller, ou atteindre la sagesse, quelle que soit l’approche, toutes passent par l’Amour Agapè…

Je ne peux m’empêcher de faire un lien avec l’approche de notre Frère René Guénon et sa tradition primordiale…

Pour conclure

Ces dernières années j’ai profondément changé ma conception et ma perception de l’Amour. Le travail en Loge ainsi que les échanges avec mes Frères ont eu un impact important sur ce changement. J’ai commencé à intégrer, je dis bien intégrer et pas juste comprendre, qu’il était important de réconcilier la tête et le coeur. L’Amour Agapè prend ainsi une place chaque jour un peu plus importante dans ma vie.

Et si, comme le disait mon cher Parrain, l’Amour est la privation de mort, alors, peut-être faudrait-il aimer pour être ?

«J’aime, donc je suis».

lacs d'amour

BJ

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