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Lorsque l’Eau répond au Feu – Chemin symbolique d’un rêve

Planche de NTCF:. D:. A:. concluant notre cycle d’étude sur la symbolique du feu au 1 er degré.




V∴M∴, Dignitaires qui décorent l’Or∴ et vous tous MM∴TT∴CC∴FF∴

Prologue

Ignis noster est aqua

Ce que je vais vous proposer ce soir n’est pas une planche au sens habituel du terme.

Je ne viens ni expliquer un symbole, encore moins prétendre faire une lecture universelle du symbolisme de l’eau.

Mon intention initiale était de travailler et présenter une suite logique à mon travail sur le feu.

Mais, pourquoi forcément logique…

Pendant une de mes lectures, je suis tombé sur cette phrase :

« Ignis noster est aqua , notre feu est l’eau. »

Elle a résonné en moi comme une cloche qui annonce l’incendie d’un village.

Et un autre travail s’est imposé, comme une évidence.

Un travail plus silencieux. Plus lent. Plus subtil.

Moins maîtrisé, parfois même déroutant.

Car mon esprit analytique s’est confronté à une vérité :

Face à certains symboles liés à l’eau,

Toute tentative de compréhension purement rationnelle venait appauvrir leur ressenti.

La force du feu devait laisser sa place à une nouvelle approche.

Alors, je l’ai laissé venir à moi. Ou moi à elle.

Avec le temps, j’ai commencé à percevoir un fil.

Non, plutôt un rû. Une rigole.

Pas une logique. Mais une direction.

Ce que je vais vous partager prend la forme d’un courant.

Un chemin fait d’images, de passages, de rencontres.

Un chemin qui m’a demandé, plus que de chercher à maîtriser, d’écouter.

Je vous propose de vous laisser emporter par lui.

Sans chercher à comprendre tout de suite.

Mais en laissant résonner ce qui peut l’être.

Sachez seulement ceci : lorsqu’on parle de l’eau, on sous-entend le vase, le feu et le four. Ce récit est ce vase.

I. Première Eau

L’Eau Noire, Nigredo

Il y a un moment où le feu ne chauffe plus, il se noie. C’est le four qui travaille dans l’obscur, sans que l’œil puisse voir. Le philosophe sait qu’il ne faut pas sortir la matière avant que la noirceur soit complète. Ceux qui ont voulu précipiter ce temps ont tout perdu.

Je ne sais plus à quel moment le chemin a commencé.

Peut-être qu’il était déjà là avant que je m’en aperçoive.

Je marchais dans une forêt ancienne, suspendue hors du temps.

Un sifflement entre les troncs figés m’a arrêté.

Quelque chose m’observait.

J’ai levé les yeux et je l’ai vue.

Une araignée. Rouge et noire. Parfaitement immobile.

Deux natures distinctes, comme un casse-tête qui attendait de s’emboîter.

Avant même que je puisse esquisser un geste, elle s’est animée.

Elle a fondu sur moi, puis en moi.

J’ai senti mon corps s’alourdir,

Comme si une présence plus ancienne venait de s’y loger.

Je n’ai pas résisté.

Soudain le sol a cédé.

Je suis tombé dans un ravin sans fond, sans crier, sans chercher à me raccrocher.

La chute n’était pas violente.

Elle était inévitable. Nécessaire.

En bas, une silhouette m’attendait sur la surface d’une eau sombre et immobile.

Une femme. Ou peut-être autre chose.

Elle avait trois visages.

Aucun mot n’est sorti de sa bouche.

J’ai simplement compris qu’elle me demandait de plonger.

Alors j’ai plongé.

L‘eau était épaisse, froide, d’un noir profond.

Je suis descendu dans cette nuit liquide sans chercher mon souffle.

Au fond, une lueur est apparue.

Une église engloutie.

J’ai cru d’abord que c’était cela que je devais atteindre.

Mais à mesure que je m’en approchais, elle s’est réduite, déformée.

Jusqu’à ne devenir qu’une forme fragile, un ornement d’un gâteau de mariage.

J’ai détourné mon regard.

À côté, des feuilles flottaient.

Elles portaient des signes et des mots que je n’arrivais pas à lire.

Mais que quelque chose en moi reconnaissait.

Je les ai prises.

Au moment où je les ai touchées, une force m’a traversé.

J’ai été projeté vers la surface.

L’eau ne m’enfermait plus.

Elle me portait.

Je me suis retrouvé au-dessus d’un lac immense.

Je sentais une force à l’intérieur de moi,

Non pas la puissance brute, mais quelque chose de plus silencieux.

Quelque chose qui venait de plus loin.

Une hacienda dans les hauteurs. La Colombie, peut-être. Des hommes et des femmes réunis en cercle.

Quand mon tour est venu, j’ai parlé.

Les mots sont venus seuls.

J’ai parlé de ce qui m’a traversé, de ce lien que je savais indestructible.

À cet instant, il m’a semblé que ce n’était plus tout à fait moi qui parlais.

Comme si quelque chose s’exprimait à travers moi.

Je l’écoutais en même temps que les autres.

Un homme s’est approché.

Il m’a proposé quelque chose. Accélérer. Ressentir autrement.

J’ai refusé.

Je voulais traverser cette épreuve sans détour.

Nous sommes sortis sous la pluie.

Je l’ai laissée tomber sur mon visage.

Autour de moi, certains ont perdu leurs repères.

D’autres se sont abandonnés complètement.

J’ai continué à marcher.

Lui aussi.

Le monde est devenu instable.

La mer agitée. Un train avançant entre deux vagues.

Des silhouettes dansant sans voir la montée des eaux.

Par moments, j’ai eu l’impression de me voir agir.

Comme si un autre poursuivait le chemin pendant que je tentais de comprendre.

Puis le mouvement s’est resserré.

Je n’étais plus spectateur.

Des hommes armés m’ont encerclé.

Je n’ai pas cherché à fuir.

On m’a conduit devant un capitaine.

Il m’a proposé un duel,

Mais pendant lequel je devais le laisser gagner.

Comme ça, nos vies seraient sauvées. Et lui serait le héros.

J’ai accepté.

Le duel a commencé.

À un moment, une flèche est partie.

Elle est montée très haut.

Trop haut pour être suivie du regard.

Puis tout s’est arrêté.

Le temps s’est suspendu.

Je savais qu’elle allait retomber.

Mais je ne savais pas où.

Puis on m’a conduit devant un roi.

Il n’y avait ni jugement, ni colère.

Seulement une attente.

J’ai parlé.

J’ai raconté ce qui s’était passé, La proposition. Le combat.

Je n’ai rien ajouté. Je n’ai rien défendu.

Je me suis contenté de dire.

Il n’a pas répondu.

Il est resté silencieux.

Et ce silence valait plus que son jugement.

Je descendais encore.

Un escalier sans fin. Les marches irrégulières.

Je savais qu’il n’était peut-être pas possible d’atteindre le fond.

Et pourtant, j’y étais.

Je n’avais plus la force de remonter.

J’ai levé les yeux.

Elle m’observait.

J’ai demandé de l’aide.

Elle n’est pas descendue.

Elle m’a juste montré.

J’ai compris que ce n’était pas à elle d’agir.

La nigredo est complète quand la matière ne résiste plus, quand elle a cessé de vouloir remonter par sa propre force. Ce n’est pas l’épuisement, c’est la dissolution. L’un est défaite. L’autre est préparation.

II. Deuxième Eau

L’Eau Blanche, l’Albedo

L’albedo n’est pas l’illumination. C’est le moment où la matière, lavée de ses scories, commence à refléter la lumière sans encore la produire. Comme la lune qui n’est pas le soleil, mais qui éclaire la nuit. Comme l’eau blanche qui ne dissout plus, qui révèle. C’est le cœur du deuxième œuvre. Le vase tient. La distillation s’est accomplie.

Tout s’est effacé.

Un port est apparu.

Du marbre blanc. Une lumière plus douce.

Je tenais une laisse,

Empêchant un mouvement qui aurait pu emporter ce qui m’était cher.

Puis un enfant est apparu.

Je l’ai pris. Je l’ai transmis.

Quelque chose a empêché le geste d’aller jusqu’au bout.

Alors j’ai repris ma marche.

Je me suis retrouvé ailleurs.

Avec ma mère, puis seul.

Un secret m’a été révélé.

Je ne savais plus d’où je venais.

Mais j’ai senti que je n’étais pas seul.

Car même lorsque je doutais, il avançait.

Plus loin, une autre rencontre.

Une femme. Libre. Instinctive.

Un homme lui parlait avec colère.

Il ne comprenait pas.

Je me suis approché.

Je n’ai pas pris parti.

Je lui ai simplement demandé d’écouter. De vraiment entendre.

Je lui ai expliqué qu’elle ne le rejetait pas.

Qu’elle avait seulement besoin de lui autrement.

Pas comme un homme dominant. Comme un compagnon.

Il s’est arrêté. Il a pleuré.

Puis il l’a serrée dans ses bras.

C’est le signe central du deuxième œuvre.

La réconciliation des deux natures.

Non pas la fusion, la reconnaissance.

Le masculin et le féminin intérieurs qui cessent de se combattre.

Et qui apprennent à se tenir ensemble, dans le même vase.

Les anciens appelaient cela la coniunctio. L’union des contraires dans le vase. Ce n’est pas une victoire d’un principe sur l’autre. C’est l’instant où les deux acceptent de coexister, et où, dans cet espace entre eux, quelque chose de nouveau devient possible.

Nous étions à la recherche d’une pierre.

Une tornade s’est formée à l’horizon.

Elle a failli emporter un bus.

Puis elle a perdu de la puissance et a disparu.

Une petite boutique, sans lumière.

Une fille gitane derrière le comptoir.

Je lui ai dit que nous cherchions une pierre.

« Une pierre d’affinité. »

Elle a sorti un jouet en plastique, un cochon rose.

Dans son ventre, des pierres. Brunes, aux reflets dorés.

Elle en a posé trois devant nous et m’a demandé d’en choisir une.

J’ai demandé à Hector de choisir.

Parce que quelque chose me disait que cette pierre lui était destinée.

Qu’elle ne passait pas par moi, mais à travers moi.

Il a choisi.

« Elle était collée à une autre, dit la gitane. Mais elle a décidé de se séparer. C’est une bonne chose. »

La Pierre commence à prendre forme.

Et c’est un enfant qui la reconnaît.

J‘étais suspendu au-dessus de l’eau.

Je savais que j’avais le vertige.

Et pourtant, je me suis laissé porter.

Sans lutte. Sans tension.

Je suis tombé.

Dans l’eau, la sensation était différente.

Vivante. Légère.

Des enfants jouaient. Des rires éclataient.

Je ne savais pas si je devais m’énerver.

J’ai choisi de jouer aussi.

J’ai participé, sans chercher à gagner.

Simplement présent.

Et pour la première fois,

Il n’y avait plus de séparation entre celui qui agissait et celui qui observait.

Le vase et ce qu’il contenait ne faisaient plus qu’un.

L’albedo s’achève dans la légèreté, non pas l’insouciance, mais la juste légèreté de ce qui a été purifié. La matière ne porte plus le poids de ce qu’elle était. Elle est prête à recevoir la lumière suivante.

III. Troisième Eau

L’Eau Vive , le seuil de la Citrinitas

Le troisième temps n’est pas la fin. C’est l’ouverture. L’eau vive ne cherche pas un fond, elle cherche un passage. Elle coule vers l’autre, vers ce qui vient après soi. C’est pourquoi l’œuvre ne s’accomplit jamais seul.

La nuit est tombée.

Je montais des marches.

Encore. Toujours.

Je sentais l’effort revenir. Le souffle s’en aller.

Je voulais atteindre le sommet.

Mais je n’y suis pas arrivé.

Je me suis arrêté. Sans frustration.

Je suis rentré. Sans précipitation.

J’ai compris alors que ce chemin n’était pas une direction à suivre.

Mais une présence à reconnaître, à assimiler.

Je ne sais pas si j’avance encore.

Ou si c’est lui qui m’emmène.

Mais je sais que le mouvement continue.

Et cela suffit.

Je suis dans un bus de ma ville natale.

À la fenêtre défile un quartier que je connaissais autrefois comme un territoire hostile à traverser avec méfiance.

Mes vieux réflexes se sont réveillés.

Puis la radio a parlé à ma place.

Un vallenato. Los Diablitos.

« Los caminos de la vida

no son lo que yo pensaba,

no son lo que yo creía… »

Les chemins de la vie ne sont pas comme je le pensais, ne sont pas comme je le croyais.

Cette chanson que je n’aimais pas autrefois me parlait du chemin.

Non pas celui que j’avais planifié.

Mais celui qui s’était ouvert sous mes pieds dans l’obscur.

J’ai écouté sans résistance.

Ou peut-être que c’était lui qui continuait.

J‘ai marché main dans la main avec Hector.

Le passage était étroit.

Je faisais attention à nos pas.

J’ai guidé sans contraindre. Sans peur.

Ce n’est qu’après ce voyage que j’ai compris ce que cela signifiait.

On ne transmet pas ce qu’on a appris.

On transmet la façon dont on a appris à marcher dans l’incertain.

L‘eau est revenue une dernière fois.

Des enfants. Des pistolets à eau.

Une guerre joyeuse dans un jardin.

Hector au milieu.

J’ai profité d’une distraction pour lui arracher son pistolet.

Et j’ai rejoint le jeu.

L’eau qui avait été noire, épaisse,

Froide, était maintenant dans les mains des enfants.

Et je jouais avec eux.

Non pour gagner. Simplement présent.

Ma femme m’a dit qu’une fois ce jeu terminé,

Elle voudrait que nous nous amusions autant, elle, Hector, et moi.

Il n’y avait rien de plus à trouver.

L’œuvre continuait, mais à visage humain.

L’eau vive ne se garde pas. Elle s’écoule vers ceux qui viennent après.

C’est pourquoi l’alchimiste, au terme de son œuvre, ne devient pas plus puissant,

Il devient plus disponible. Le vase reste. La matière a changé. Et ce changement, silencieux, travaille maintenant dans les autres.

Épilogue

Ce que l’eau m’a appris

Pendant longtemps, j’ai cherché à analyser, à structurer, à donner un sens clair à chaque image.

Aujourd’hui, je ne crois plus cela nécessaire.

Ce travail ne consiste pas seulement à aller vers plus de lumière.

Mais à accepter de passer par l’obscur, sans vouloir immédiatement le dissiper.

Chacune des couches ayant sa propre charge, son propre travail.

Là où j’étais habitué à agir, à comprendre, à structurer,

J’ai été amené à descendre, à ressentir, à accepter de ne pas savoir.

Comme si certaines choses ne pouvaient être approchées que par un langage plus fluide, plus silencieux.

Celui des rêves. De l’eau. De ces passages intérieurs que les anciens plaçaient sous le signe d’Hermès.

Et de cet instant, après ce mouvement, quelque chose s’est apaisé.

Je ne dirais pas que j’ai compris.

Je dirais plutôt que certaines choses se sont mises en place autrement.

Ce récit s’est imposé à moi.

Et peut-être que le seul sens que je peux lui donner aujourd’hui est celui-ci :

Tout ne se comprend pas par la lumière. Certaines choses demandent à être traversées dans l’obscur.

Il existe en chacun de nous un langage qui ne passe pas par les mots. Un langage qui demande à être écouté plus qu’expliqué.

Ce chemin, je ne l’ai pas suivi.

C’est lui qui m’a traversé.

VM, J’ai dit.

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A∴L∴G∴D∴G∴A∴D∴L∴U∴

La Loge Tradition, fondée le 24 septembre 1972 à l'Orient de Lausanne et portant le No 51, est membre de la Grande Loge Suisse Alpina et travaille au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA).

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